Anne montaut

CV

Anne Montaut est née à Paris en 1957.

Après des études de sculpture aux Beaux Arts et aux Arts Déco de Paris, elle se consacre à la photographie depuis maintenant près de 30 ans.
Un voyage au Mexique en 2008 lui donne l’occasion de photographier une série de «Cristos dolientes», dont le réalisme est particulièrement frappant dans ce pays.
De retour en France, elle continue une recherche personnelle qui pose la question: «Que voit-on quand on voit un crucifié?»
Avec ses humbles moyens, elle tente de réactualiser la représentation de la crucifixion. Ses dernières avancées sont des photogrammes de tissus sensés évoquer le "Périzonium" (linge ceignant les reins du Christ).
Ce travail a été réalisé dans son atelier de Bages où elle met en scène ses images dans un castelet improvisé.
Elle travaille au moyen format, en argentique, et réalise ses tirages dans son laboratoire.
Expose en France et à l’étranger.

Principales expositions:
Galerie du Château d’Eau, Festival Manifesto, Toulouse; Centre de photographie, Lectoure; Musée de l’Histoire Vivante, Montreuil; Festival Off Arles; Museo di Fotografia Contemporanea, Milano (Italie), XIIe Festival Internacional de Fotografia, Mérida (Mexique)…

Commandes:
«Le théâtre, coulisses d’un chantier», «La Narbonnaise en Méditerranée, Regards croisés sur un Parc naturel».

Parcours

Enfant, contrairement à mes camarades, je n’ai pas baigné dans la tradition chrétienne. Les lacunes qui en ont découlé m’ont d’ailleurs gênée lorsque j’ai étudié l’histoire de l’art aux Beaux-Arts: les scènes bibliques de la peinture, de Tintoret à Rubens en passant par Mantegna et Grünewald, n’avaient guère de résonance pour moi.
Il y a quelques années, invitée au Mexique pour une exposition, j’ai découvert dans les églises des crucifiés plus bruts et plus souffrants qu’en Europe.
J’entreprends alors une collecte photographique, en ciblant les lieux où le réalisme des «Cristos Dolientes» est exacerbé .
Au fil des époques, la scène de la crucifixion n’a jamais cessé d’inspirer les artistes.
Au XIX° et XX°siècle les critiques du christianisme se multiplient. Les représentations de Rops, Dali ou Bacon viennent railler la crucifixion. Moins critiques, certains peintres adaptent ce thème aux évolutions de leur art. C’est le cas de Gauguin avec son Christ jaune, de Denis qui renoue avec les primitifs italiens, de Rouault qui peint des crucifixions expressionnistes ou de Chagall qui adapte la scène à son style poétique.
Au XX° siècle, les recherches des Suprématistes, de certains Abstraits ne sont pas sans lien avec la mystique religieuse et s’accompagnent, dans les années vingt d’une résurgence du thème de la croix (Malevitch, Mondrian…).
Héritière du goût pour l’autoportrait en peinture, la photographie présente depuis ses débuts des scènes de Crucifixion dans des approches aussi variées que celles de Bayard, d’Holland-Day, de Drtikol, ou d’Appelt…

Serait-ce à cause de mon manque d’éducation religieuse que le thème de la crucifixion a trouvé un écho particulier chez moi ?
Par les médias, nous sommes bombardés par des images de souffrance et de persécution; je crois qu’elles finissent par s’imprimer dans mon cerveau. Pour l’occidentale judéo-chrétienne que je suis malgré tout, le Christ est celui qui focalise ces persécutions et cette souffrance.

Je vous propose un travail photographique qui tente de secouer l’évidence de cette vision et qui espère soulever les couches de significations attachées à cette image après deux mille ans d’histoire.
Par mes interprétations de la crucifixion et avec mes humbles moyens, j'essaie d'en actualiser la représentation.

Inspirée par la transparence, le dévoilement et le Suaire de Turin je réalise en atelier la série «Ecce homo». Gardons en mémoire que c’est grâce à la photographie que nous avons vu un visage et un corps sur le Suaire¹.
Je suis me suis libérée aujourd’hui de la dimension doloriste des débuts de ma quête et mon attention se focalise à présent sur «le périzonium»².
Les nœuds de cette étoffe, les plis et les drapés des «voiles de pudeur» sont en ce moment la base de mon inspiration. Qu’il voile le sexe de certaines «Descentes de Croix» ou qu’il cache le membre en érection de l’«Homme de douleurs», ce linge pose en filigrane la question de l’Humanité du Christ.

«L’image d’un crucifié occupe dans notre monde une place paradoxale: est-elle la dernière trace d’un imaginaire religieux dont nous pouvons être fiers d’être émancipés, ou le miroir d’une humanité qui peut s’y voir telle qu’elle est? »³

¹ L’image imprimée sur le linceul de Turin est presque invisible de près. En 1898, le photographe Secondo Pia est autorisé à photographier la relique. A sa grande surprise, l’image est un négatif photographique qui donne au développement un positif permettant de discerner des détails invisibles et masqués jusque là. Cette image ressemble donc à un négatif et on y découvre un homme de 1.81 m, nu et couché.

² Linge ceignant les reins du Christ

³ Bruno Perenchio

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